Entré en vigueur le 21 février 2026, le statut du bailleur privé (loi Jeanbrun) remplace définitivement le Pinel. Il repose non plus sur une réduction d'impôt mais sur un amortissement fiscal du bien. Voici tout ce qu'il faut savoir avant d'investir.
Le dispositif Jeanbrun, officiellement appelé statut du bailleur privé, est inscrit dans la loi de finances 2026 (n° 2026-103 du 19 février 2026). Il est entré en application le 21 février 2026 et court jusqu'au 31 décembre 2028. Son objectif : relancer la production de logements locatifs après l'arrêt du Pinel, en offrant aux investisseurs particuliers un avantage fiscal basé sur l'amortissement plutôt que sur la réduction d'impôt.
Pour être éligible, votre investissement doit remplir simultanément plusieurs conditions. Le bien doit être situé dans un immeuble collectif (minimum deux logements avec parties communes) : les maisons individuelles sont exclues. Les locations meublées ne sont pas non plus concernées, le dispositif s'applique uniquement à la location nue. Pour un logement neuf, il doit respecter la réglementation environnementale RE2020 et obtenir un DPE classe C minimum à la livraison. Pour un logement ancien, des travaux représentant au moins 30% du prix d'acquisition sont obligatoires.
L'investisseur doit s'engager à louer le logement à titre de résidence principale pendant 9 ans minimum. En contrepartie, il bénéficie d'un amortissement fiscal annuel sur la valeur du bien, plafonné à 80% de sa valeur d'acquisition (hors terrain).
Le dispositif Jeanbrun introduit trois niveaux de loyer plafonnés, chacun associé à un taux d'amortissement et un plafond annuel différents. Plus le loyer est bas (et donc la contrainte sociale forte), plus l'avantage fiscal est élevé. C'est le principe de contrepartie qui structurait déjà le Pinel, transposé ici dans une logique d'amortissement.
L'amortissement est calculé sur 80% de la valeur du bien (terrain exclu). Exemple : pour un appartement acheté 200 000 euros avec une quote-part terrain estimée à 20%, la base amortissable est de 160 000 euros. Au niveau intermédiaire (3,5%), l'amortissement annuel théorique est de 5 600 euros, mais il est plafonné à 8 000 euros : le plafond ne constituera donc une limite que pour les biens dont la valeur dépasse 228 000 euros environ.
Concrètement, cet amortissement vient en déduction des revenus fonciers imposables chaque année. Pour un investisseur en tranche marginale d'imposition à 30%, une déduction de 8 000 euros génère une économie d'impôt de 2 400 euros par an (hors prélèvements sociaux). Pour une tranche à 41%, l'économie annuelle monte à 3 280 euros.
Pour évaluer l'intérêt du dispositif Jeanbrun, il est utile de le comparer aux deux régimes qu'il côtoie : le Pinel (arrêté) et le LMNP (location meublée — voir notre guide d'arbitrage entre régimes LMNP). Les trois fonctionnent sur des logiques très différentes.
« Le Jeanbrun corrige les défauts du Pinel : exit la réduction d'impôt déconnectée du rendement réel, place à un mécanisme qui améliore concrètement le cash-flow année après année. »
Source : Club Patrimoine, analyse dispositif Jeanbrun, mars 2026
Point clé souvent négligé : contrairement au LMNP depuis la réforme de 2025, l'amortissement Jeanbrun n'est pas réintégré dans le calcul de la plus-value lors de la revente. C'est un avantage significatif pour les investisseurs qui envisagent une sortie dans les 15 premières années.
Prenons un cas concret : un investisseur en tranche à 30% achète un appartement neuf à 220 000 euros dans un immeuble collectif RE2020. Il choisit le niveau de loyer intermédiaire et s'engage sur 9 ans. La base amortissable est de 176 000 euros (80% de 220 000 euros). L'amortissement annuel théorique est de 6 160 euros (3,5%), en dessous du plafond de 8 000 euros.
Sur 9 ans, un investisseur imposé à 30% économise ainsi plus de 16 000 euros d'impôt sur le revenu, sans compter les prélèvements sociaux partiellement éludés. Pour une tranche à 41%, le gain dépasse 22 000 euros. Ramené à la mise de fonds initiale, cela représente un rendement fiscal brut de 7,5% à 10% sur 9 ans.
À noter : les loyers perçus restent imposables au titre des revenus fonciers (déduction des charges réelles possible en parallèle). L'amortissement Jeanbrun se cumule avec les charges déductibles classiques : intérêts d'emprunt, taxe foncière, frais de gestion, assurance PNO.
Le dispositif Jeanbrun est attractif mais il comporte des contraintes strictes que tout investisseur doit anticiper avant de signer.
Avant de vous lancer, simulez systématiquement votre rendement net après impôt avec et sans le dispositif. Sur certains marchés, la contrainte des loyers plafonnés peut réduire le rendement brut de 0,5 à 1,5 point, ce qui annule partiellement l'avantage fiscal.
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