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Encadrement des loyers 2026 : pérennisé, supprimé ou étendu ?

Le 23 novembre 2026, l'expérimentation ouverte par la loi ELAN prend fin. Le gouvernement doit remettre son rapport d'évaluation au Parlement avant le 25 juin 2026. Trois scénarios sont sur la table. Ce que les bailleurs des 69 villes concernées doivent comprendre dès aujourd'hui.

Publié le 18 mai 2026

Encadrement des loyers : où en est-on en mai 2026 ?

L'encadrement des loyers est un dispositif expérimental introduit par la loi ELAN du 23 novembre 2018. Il fixe pour chaque type de logement (typologie, époque de construction, secteur géographique) un loyer de référence, un loyer de référence majoré (+20 %) et un loyer de référence minoré (-30 %). Le bailleur ne peut louer au-dessus du loyer majoré, sauf à justifier un complément de loyer pour caractéristiques exceptionnelles.

Le dispositif n'est pas national : il s'applique uniquement dans les communes qui en font la demande, sur la base d'une candidature volontaire encadrée par décret. Paris est la première ville à avoir adopté l'encadrement en juillet 2019, suivie de Lille en mars 2020, puis de la métropole lyonnaise, Bordeaux, Montpellier, et plusieurs intercommunalités d'Île-de-France et du Pays Basque.

69
Nombre de communes appliquant l'encadrement des loyers en mai 2026, dont Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Montpellier, Marseille et Annemasse (les deux dernières rejoignent le dispositif en cours d'année 2026).
Source : PAP.fr, recensement mars 2026

Le bail doit obligatoirement mentionner les trois loyers de référence applicables au bien. Un locataire qui constate un dépassement peut saisir la commission départementale de conciliation dans les 3 mois suivant la signature, puis le juge des contentieux de la protection si la conciliation échoue.

Le compte à rebours : 23 novembre 2026, date couperet

L'article 140 de la loi ELAN a créé l'encadrement à titre expérimental, pour une durée de 5 ans, prorogée de 3 ans par la loi 3DS de février 2022. L'expérimentation arrive donc à son terme le 23 novembre 2026. Sans intervention du législateur, le dispositif s'éteint à cette date dans les 69 communes concernées.

Le gouvernement est tenu de remettre au Parlement, avant le 25 juin 2026, un rapport d'évaluation portant sur l'efficacité du dispositif, son impact sur l'offre locative et sur le niveau des loyers. Ce rapport conditionnera le scénario retenu : pérennisation par une loi pleine, extinction pure, ou prolongation par une nouvelle expérimentation.

« L'encadrement des loyers a fait la preuve de son utilité dans les zones tendues. La question n'est plus de savoir s'il faut le maintenir mais sous quelle forme : nationale, locale, à durée limitée ? »

Source : Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, communiqué du 23 avril 2026

Côté calendrier législatif, la fenêtre est courte : avis du Conseil d'État en juillet, projet ou proposition de loi à l'automne, débat parlementaire en octobre-novembre. Un bailleur en zone encadrée doit donc considérer que la situation peut évoluer dans les 6 mois.

Les 3 scénarios possibles et leurs impacts sur votre loyer

Trois pistes sont aujourd'hui sur la table. Aucune n'est tranchée. Voici les conséquences concrètes de chacune pour un bailleur particulier.

Scénario 1 : pérennisation nationale

Le dispositif est inscrit dans le droit commun et ouvert à toutes les zones tendues définies par l'arrêté du 1er octobre 2023. Toutes les communes en zone A bis, A et B1 pourraient l'adopter sans candidature. Conséquence pour les bailleurs des 69 villes actuelles : statu quo, le plafond continue de s'appliquer. Pour les bailleurs des zones tendues non encadrées (Nice, Strasbourg, Rennes, Toulouse) : risque d'extension dans les 12 à 24 mois.

Scénario 2 : extinction pure au 23 novembre 2026

Le dispositif disparaît. Les baux signés avant l'extinction restent encadrés pour leur durée résiduelle, mais tout nouveau bail signé à compter du 24 novembre 2026 redevient libre. Pour un bailleur parisien, cela peut représenter une marge de hausse de 5 à 12 % sur un T2 au prochain renouvellement, selon les estimations de SeLoger.

Scénario 3 : nouvelle prorogation expérimentale de 3 à 5 ans

Statu quo le plus probable selon les observateurs : l'expérimentation est reconduite, éventuellement avec des ajustements (mécanisme de revalorisation indexée, élargissement aux meublés de tourisme, sanctions renforcées). C'est le scénario de moindre coût politique.

Cas chiffré : T2 à Bordeaux Bastide, 50 m²

ScénarioLoyer hors charges année 1Loyer après renouvellement 2027
Encadrement maintenu720 € (loyer de référence majoré)~735 € (IRL + plafond)
Extinction au 23/11/2026720 €780 à 810 € (marché libre)
Nouvelle prorogation720 €~735 € (idem maintien)

Sur 10 ans, la différence entre un loyer encadré et un loyer libre peut représenter entre 5 000 et 9 000 € de revenus locatifs supplémentaires pour ce type de bien. C'est non négligeable pour un investisseur, mais c'est aussi le pari fait par le législateur sur l'équilibre offre-demande.

Bilan chiffré : l'encadrement a-t-il vraiment fait baisser les loyers ?

C'est la question centrale du rapport gouvernemental attendu en juin 2026. Les études existantes donnent des résultats contrastés selon la méthode retenue.

-5 %
Baisse moyenne des loyers parisiens depuis l'instauration de l'encadrement en 2019, soit environ 968 € d'économies annuelles par locataire, selon la dernière étude de l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) publiée le 27 avril 2026.
Source : Étude Apur, avril 2026

À Lille, Lyon, Bordeaux et Montpellier, l'Apur observe une baisse moyenne de 4,4 % sur la même période, sans pour autant constater une baisse de l'offre locative privée. Pour les défenseurs du dispositif, c'est la preuve qu'il fonctionne sans dégrader l'investissement.

« L'encadrement ne fait évoluer les trajectoires de loyer que de manière marginale dans le parc locatif privé intermédié. Le marché trouve toujours des voies de contournement : complément de loyer, location meublée, baux courts. »

Source : Observatoire Clameur, baromètre 1er avril 2026

Les détracteurs pointent un effet pervers : malgré l'encadrement, le loyer parisien moyen continue de progresser de +5,2 % sur un an, à 1 681 €/mois, principalement via les sorties d'encadrement (relocations à équipement amélioré, basculement vers le meublé classé). À Nantes (+5,74 %), Annecy (+5,57 %), Lille (+4,29 %) et Bordeaux (+4,14 %), les hausses 2026 sont supérieures à l'inflation (+1,9 %).

Estimation : la décision politique de juin 2026 dépendra plus du contexte électoral que de l'efficacité réelle du dispositif. À retenir : ni les défenseurs ni les détracteurs ne contestent que l'encadrement a un effet sur le niveau des loyers - l'enjeu est de savoir si cet effet est suffisant face aux 5 à 12 % de pression annuelle du marché.

Que faire en tant que bailleur en mai 2026 ?

Indépendamment du scénario retenu par le gouvernement, un bailleur en zone encadrée a 3 actions concrètes à mener dans les 6 prochains mois.

  1. Auditer son loyer actuel : vérifier sur le site officiel de la préfecture (referenceloyer.drihl.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr pour Paris, observatoires-des-loyers.org pour les autres) que le loyer pratiqué est strictement conforme au plafond. Tout dépassement non justifié par un complément de loyer expose à 5 000 € d'amende administrative (15 000 € pour une personne morale) + remboursement du trop-perçu.
  2. Anticiper la hausse de novembre 2026 : si le scénario extinction est retenu, préparer un nouveau bail à signer après le 23 novembre permettra de capter immédiatement le loyer de marché. Pour les baux en cours, l'IRL reste la seule indexation possible jusqu'à la résiliation du locataire.
  3. Documenter les caractéristiques exceptionnelles : terrasse de plus de 5 m², vue dégagée, équipement haut de gamme, hauteur sous plafond > 3,30 m, double exposition. Tout élément documenté (photos, descriptif notarié, attestations) peut justifier un complément de loyer aujourd'hui, et constitue un argument prix demain.

Faut-il acheter dans une ville encadrée en 2026 ?

Estimation : oui, à condition de raisonner en rendement net après plafond. Une ville encadrée comme Lille offre encore un rendement brut moyen de 5,2 % sur les T2/T3, supérieur à beaucoup de villes non encadrées. Pour vérifier avant achat, lance une simulation complète intégrant le loyer plafonné.

Le risque principal n'est pas l'encadrement lui-même - c'est la confusion entre loyer d'annonce et loyer plafonné. Une simulation rigoureuse, comme expliqué dans notre guide sur le calcul du rendement locatif, neutralise totalement ce risque.

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Questions fréquentes

23 novembre 2026 : c'est la date butoir de l'expérimentation issue de la loi ELAN. Le gouvernement remettra son rapport d'évaluation au Parlement avant le 25 juin 2026, puis le législateur tranchera entre 3 options : pérennisation, extinction ou nouvelle prorogation expérimentale. Sans intervention, le dispositif s'éteint automatiquement.
69 communes appliquent l'encadrement en mai 2026 : Paris, Lyon et 9 communes du Grand Lyon, Bordeaux, Lille, Montpellier, Plaine Commune, Est Ensemble, le Pays Basque. Marseille et Annemasse rejoignent le dispositif en cours d'année 2026. La liste complète et à jour est consultable sur le site du ministère du Logement.
Oui, uniquement via un complément de loyer justifié par des caractéristiques exceptionnelles du bien : vue dégagée, terrasse de plus de 5 m², équipement haut de gamme, hauteur sous plafond supérieure à 3,30 m, double exposition. Le complément doit figurer explicitement au bail et peut être contesté par le locataire dans les 3 mois suivant la signature.
5 000 € d'amende administrative pour un bailleur particulier, 15 000 € pour une personne morale, sans préjudice du remboursement du trop-perçu au locataire (article 140 de la loi ELAN). En cas de récidive, l'amende peut être doublée. Le préfet est compétent pour la sanction administrative ; le juge des contentieux de la protection l'est pour le remboursement.
Estimation : oui, à condition de raisonner en rendement net après plafond. Lille, Lyon, Bordeaux et Montpellier offrent encore des rendements bruts entre 4,5 et 5,5 % sur les petites surfaces, supérieurs à beaucoup de villes non encadrées. Le risque principal est de surestimer le loyer en se basant sur les annonces : utiliser le loyer de référence majoré comme base de simulation neutralise totalement ce biais.
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